Faces
Par Gilian
Avant-propos
Surtout connu pour sa trilogie Shira Calpurnia, qui est, à ma connaissance, la seule série consacrée aux Arbites et aux Enforcers — à l’époque, la séparation entre les forces de police planétaires et l’Adeptus Arbites était encore assez floue —, Matthew Farrer a également écrit de nombreuses nouvelles et plusieurs romans dans le cadre de la croisade des Mondes de Sabbat.
Il s’agit toutefois de sa première nouvelle consacrée aux Arlequins.
L’histoire du livre
Les Arlequins eldars sont mystérieux et énigmatiques, même aux yeux de cette race distante. Lorsque l’une des leurs commence à avoir des souvenirs qui ne sont pas les siens et qu’une autre vie s’immisce dans sa réalité, toute la troupe est menacée.
Parviendront-ils à trouver la source du trouble et à l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ?
L’histoire avec un grand H
Après avoir passé la nuit cachée à l’extérieur d’un dépôt isolé, Jann trouve le courage de retourner dans la tour où elle vivait avec ses compagnons. Une violente tempête s’est achevée deux jours plus tôt, mais le bâtiment est désormais silencieux et plongé dans une inquiétante lumière rouge. Jann est armée d’une vieille barre métallique qu’elle tient comme un bâton, sans vraiment savoir contre quoi elle devra se défendre.
Son esprit est troublé : elle se souvient de paysages qu’elle n’a jamais vus, de forêts inconnues et de lunes blanches, alors que son monde ne possède aucune lune. Elle ne parvient plus à distinguer ses propres souvenirs de ce qui semble être des hallucinations.
Quelques jours auparavant, l’équipe chargée d’entretenir la grande conduite traversant le désert avait découvert une étrange machine emportée par la tempête. L’appareil, aux courbes élégantes et composé de matériaux inconnus, était en réalité un véhicule eldar appartenant à une troupe d’Arlequins. Ses compartiments contenaient plusieurs masques rituels. Les travailleurs impériaux, croyant avoir trouvé une cargaison précieuse, avaient ramené l’engin au dépôt et s’étaient partagé les masques sans comprendre leur véritable nature.
Il ne s’agit pas de simples masques. Chacun représente une figure des anciens mythes eldars et semble imposer à celui qui le porte les souvenirs, la personnalité et le destin du personnage correspondant. Les membres de l’équipe ont progressivement cessé de reconnaître leur environnement et leur propre identité.
Jann a choisi un masque blanc et argenté représentant Lileath, la déesse lunaire des rêves et des prophéties. Depuis qu’elle l’a porté, une partie d’elle demeure Jann, simple ouvrière d’une station perdue dans le désert, tandis qu’une autre se croit une jeune créature eldar liée à la lune, aux visions et au destin. Ces deux identités luttent continuellement en elle.
En pénétrant dans la tour, Jann trouve d’abord Gallardi dans le sanctuaire des machines. Il a tué Tokuin, l’ingénieur du dépôt, et s’est emparé de son atelier. Gallardi porte le masque de Vaul, le dieu forgeron, et se croit désormais un maître de la forge mutilé et enchaîné à son ouvrage. Dans la réalité, il ne fait que frapper des pièces de machines avec un outil brisé.
Pourtant, Gallardi affirme avoir forgé une arme pour Sabila, comme Vaul aurait autrefois armé un héros destiné à combattre Khaine.
Jann essaie de lui expliquer que deux identités coexistent en chacun d’eux, mais Gallardi est déjà presque entièrement prisonnier de son rôle. Incapable de le ramener à lui, elle s’enfuit.
Dans les réserves, Jann rencontre Merelock, la responsable du dépôt. Celle-ci porte le masque de Kurnous, le dieu de la chasse. Elle appelle Jann sa cousine et l’invite à courir avec elle sous des lunes vertes et blanches. Jann réussit momentanément à lui rendre sa lucidité en frappant son bras blessé. Sous l’effet de la douleur, Merelock reconnaît le dépôt et comprend qu’elle ne parvient plus à distinguer le véritable visage de Jann.
Les deux femmes décident de rejoindre le toit, où se trouve encore le coffre eldar. Merelock retombe toutefois rapidement sous l’influence de son masque.
En chemin, Jann aperçoit plusieurs silhouettes aux mouvements gracieux et aux vêtements changeant constamment de couleur. Les véritables Arlequins sont déjà entrés dans le dépôt et observent les humains sans se montrer ouvertement. Ils recherchent le véhicule perdu pendant la tempête et, surtout, les précieux masques qui constituaient le cœur rituel de leur troupe.
Sur le pont d’habitation, Jann et Merelock découvrent Klaide. Il porte le masque d’Isha, déesse de la vie et de la fertilité, et pleure la mort de Sabila, qui a reçu le masque d’Eldanesh, le grand héros eldar condamné à mourir de la main de Khaine.
Jann comprend alors que les masques obligent chacun d’eux à rejouer les anciens mythes. Gallardi est devenu Vaul, le forgeron mutilé. Merelock incarne Kurnous, le chasseur. Klaide représente Isha pleurant son héros perdu. Sabila est Eldanesh, destiné à affronter Khaine et à mourir. Crussman, qui a choisi le plus effrayant des masques, représente précisément Kaela Mensha Khaine, le dieu à la Main sanglante.
Crussman a été le premier à succomber complètement. Sabila, armé d’une barre de métal forgée par Gallardi, se prépare quant à lui à l’affronter, malgré la certitude de sa propre mort.
Jann sent son identité humaine disparaître. Terrifiée, elle abandonne ses compagnons et monte jusqu’au toit.
Sur la plateforme extérieure, Crussman et Sabila rejouent le combat légendaire entre Khaine et Eldanesh.
Jann se dirige vers le véhicule accidenté. Elle se rappelle que deux compartiments sont encore fermés et se persuade que l’un d’eux contient un masque capable de les sauver. Elle croit pouvoir trouver le visage d’Asuryan, le roi des dieux eldars.
Elle ouvre cependant le mauvais compartiment. À l’intérieur se trouve un masque sans expression représentant Slaanesh, le Dévoreur d’âmes. La simple vision de ce masque brise l’esprit de Jann.
Les Arlequins interviennent enfin et mettent un terme à cette mascarade funèbre. Ils tuent les humains et récupèrent leurs masques. Les rôles sont ensuite redistribués entre les membres de la troupe, afin que chacun poursuive une nouvelle étape de sa propre existence à travers les mythes qu’il interprète.
Ythoelle ramasse le masque lunaire porté par Jann, mais ne peut pas l’utiliser elle-même, puisqu’elle doit conserver le Masque-Miroir lié à sa fonction. L’Arlequin qui incarnait jusque-là Lileath est morte lorsque le véhicule a été emporté par la tempête. Le Masque de la Lune restera donc sans porteur jusqu’à ce qu’un autre membre de la troupe soit jugé digne de reprendre ce rôle.
Sheagoresh, le Grand Arlequin, ouvre le dernier compartiment intact et en retire le Masque du Soleil, visage d’Asuryan, le Roi Phénix.
Sheyl’emmen, la Solitaire, arrive enfin. Tous les autres Arlequins s’inclinent et détournent le regard devant elle. Elle récupère le masque sans expression, celui de Slaanesh. En tant que Solitaire, elle est la seule à pouvoir incarner cette entité maudite dans les représentations de la troupe.
Sheagoresh et Sheyl’emmen exécutent ensemble une brève danse, puis revêtent simultanément les masques d’Asuryan et de Slaanesh. Après le départ de la Solitaire, les autres Arlequins révèlent le visage de Cegorach, le Dieu Moqueur, derrière tous les rôles qu’ils portent. Ils éclatent alors de rire, mêlant la joie d’avoir retrouvé leurs trésors à la douleur provoquée par la mort de plusieurs des leurs.
Les Arlequins emportent le véhicule et quittent la planète pour rejoindre la Toile. Ils prévoient de se rendre sur un monde vierge, où ils pleureront leurs morts et purifieront les masques en rejouant leurs grands mythes.
L’aventure tragique du dépôt pourra elle-même devenir une nouvelle histoire de leur répertoire : celle d’une tempête ayant dispersé leur troupe, d’humains ayant volé leurs visages et de la récupération d’un trésor plus précieux à leurs yeux que leurs propres vies.
Pour les travailleurs impériaux, les masques n’étaient que des objets de valeur trouvés dans une épave. Pour les Arlequins, ils contenaient leurs dieux, leurs légendes et leur identité collective.
Les masques
En ouvrant les compartiments de transport de l’épave qu’ils avaient découverte, les ouvriers ont trouvé une collection de masques qu’ils se sont partagés :
• Merelock a pris un masque vert évoquant un chasseur.
• Klaide a choisi un masque vert pâle et doré, marqué d’une larme bleue.
• Jann a pris un masque blanc et argenté au visage serein.
• Gallardi a choisi un masque rouge-orangé brillant comme le feu.
• Sabila a récupéré un masque doré à l’expression déterminée.
• Heng a pris un masque féminin au visage féroce.
• Crussman a ouvert un compartiment plus difficile d’accès et découvert un masque couleur de fer rouillé, dont le visage exprimait une violence et une haine terrifiantes.
À la fin de la nouvelle, les Arlequins prennent possession de la station et récupèrent leurs masques :
• Ehallech récupère sur Gallardi le Masque du Feu, représentant Vaul, le dieu forgeron.
• Lhusael récupère sur Merelock le Masque du Chasseur, représentant Kurnous.
• Melechu prend sur Klaide le Masque du Deuil, représentant Isha pleurant ses enfants et son champion.
• Edreach récupère sur Sabila le Masque du Héros, représentant Eldanesh.
• Dheresh’mel prend sur Crussman le Masque du Sang, représentant Khaine.
• Ythoelle récupère le Masque de la Lune abandonné par Jann, représentant Lileath.
Conclusion
Il existe très peu de nouvelles consacrées aux Arlequins dans la littérature du 41e millénaire, et je dois dire que Matthew Farrer a fait très fort.
Je dois admettre que j’ai eu beaucoup de mal à tout comprendre lors de ma première lecture. J’ai toujours un peu de mal avec l’anglais, et l’histoire des masques, des personnages et des visions qui s’entremêlent rend l’ensemble assez complexe. Cela reste néanmoins une très bonne histoire, qui montre toute la richesse et la complexité de cette sous-faction aeldari.
C’est même, pour moi, la meilleure nouvelle de tout le recueil Fear the Alien.